MASTÉRISATION : le point sur la réforme

vendredi 27 novembre 2009

Le 13 novembre, les ministres de l’Education nationale et de l’Enseignement supérieur présentaient leurs décisions quant aux modalités du recrutement des professeurs.

Il s’agit du dernier épisode en date dans le processus de la réforme des maîtres contre laquelle se sont mobilisés en 2009 enseignants et étudiants, dans les universités essentiellement. Malgré ces mobilisations, les décrets ont été publiés, en pleine période estivale, le 29 juillet 2009, et le 28 août paraissait la circulaire détaillant les modalités de stage pour les étudiants.
Pour rappel, nos gouvernants invoquent la nécessité d’avoir « des enseignants mieux formés, mieux payés, mieux considérés ». Sous prétexte donc de revalorisation, et dans un contexte de suppressions massives de postes et de développement de l’autonomie des établissements (LRU, création des EPEP ...), la réforme de la formation et du recrutement des enseignants constitue l’un des trois piliers du cahier des charges de Luc Chatel pour cette année (les deux autres étant la réforme du lycée et celle de l’orientation.)

Pour ou contre la mastérisation ?

L’annonce de ces décisions le 13 novembre (cf. encart ci-contre) a été suivie d’une pléthore de communiqués émanant de la quasi totalité des organisations syndicales s’insurgeant contre la réforme présentée. On parle dans la presse d’un front syndical uni. Or l’opposition, unanime certes, masque des motivations diverses et variées, et même contradictoires. Car, est-il besoin de le rappeler, nombre de ces organisations syndicales sont en fait favorables à la mastérisation.
C’est le cas de la FSU (du SNES en particulier) qui souhaite l’élévation du niveau de recrutement sous prétexte de nécessité de revalorisation salariale. D’où l’ambiguité (c’est le moins que l’on puisse dire) de leurs positions sur les projets de mastérisation et donc leur absence de mobilisation réelle sur le sujet l’an dernier. Cette ambiguité se lit aujourd’hui encore, jusque dans le communiqué du SNES daté du 17 novembre (en réaction aux annonces de Châtel et Pécresse), dans lequel le syndicat se réjouit du fait que « l’élévation du niveau de recrutement au master soit actée » mais réaffirme la nécessité de « situer le concours du CAPES et de CPE après le master, et en tout état de cause au plus tôt en fin de deuxième année ».

Alors que les mobilisations prenaient de l’ampleur au sein des universités depuis le début de février 2009, la FSU a demandé le report des projets et non leur retrait (il a fallu pour cela attendre le congrès du SNES mi-mars pour que sa position évolue sous la pression d’une partie de sa base). Jusqu’à l’épisode mémorable qu’a constitué la tenue du CTPM (Comité technique paritaire ministériel) le 27 mai dernier.

Boycotté tout d’abord par certaines organisations syndicales, il s’est finalement tenu le 28 mai. Y étaient présentés les décrets concernant les modalités de recrutement des enseignants du primaire et du secondaire, décrets ministériels publiés dès le 19 mai ; la délégation FSU n’a pas pris part au vote sur les décrets concernant les professeurs d’Éducation Physique et Sportive et s’est abstenue sur les décrets concernant le recrutement des agrégés, certifiés et conseillers d’éducation, de concert avec la CSEN
(SNALC). Les deux décrets, grâce à cette abstention, ont ainsi été adoptés par le CTPM. Ils entérinaient le déroulement des épreuves d’admission et d’admissibilité au concours en Master 2. La FSU a continué par la suite à participer aux groupes de travail sur le sujet.

Rien de surprenant tant cela est conforme à une stratégie qui privilégie la discussion et l’élaboration de propositions au détriment des luttes.

Conséquences

Casse des statuts, prélude à un futur recrutement local par les chefs d’établissement... les nouvelles modalités du recrutement répondent à la volonté patronale de mettre en adéquation formation (initiale, continue, professionnelle) et besoins des bassins d’emplois. Idéologiquement, il s’agit aussi d’avoir des profs plus dociles (dans la
dernière mouture Chatel, la titularisation est confiée aux inspecteurs avec pour critère la manière de servir.)
Ces mesures sont bien évidemment dictées par les impératifs économiques : la suppression de l’année de formation rémunérée après le concours (à l’heure actuelle, 1/3 en stage responsabilité et 2/3 de formation) permettra l’économie de plusieurs milliers de postes. Pour la rentrée 2010, 9182 emplois d’enseignants stagiaires (soit 3 061 équivalents temps plein travaillé ou ETPT) dans le 1er degré, et 6733 emplois d’enseignants stagiaires (soit 2 244 ETPT) et 411 emplois de conseillers principaux d’éducation stagiaires (soit 137 ETPT) dans le 2nd degré.
La précarité s’en trouvera donc renforcée : les étudiants non admis au concours, mais titulaires d’un Master 2, constitueront le vivier d’une main d’œuvre précaire apte à être recrutée, qui abondera l’agence nationale du remplacement promise par Darcos en 2008.

L’allongement de la durée des études, enfin, renforcera la sélection sociale des enseignants, les étudiants les plus modestes ayant des difficultés à financer des études plus longues. D’ores et déjà, plus de la moitié de ceux-ci sont contraints de travailler (cf. chez MacDo, Acadomia ...) pour financer leurs études. Ce n’est pas le saupoudrage de bourses dont le nombre et le montant restent largement insuffisants, qui résoudra le problème (cf. les nouvelles aides « Préparation aux Concours » censées « garantir la démocratisation et l’attractivité de l’accès au métier d’enseignant » attribuées en complément aux bourses à critères sociaux mais aussi sur critères universitaires.)

Cette réforme de la formation des enseignants doit nous amener à réfléchir sur les conditions mêmes de la formation : la garantie d’un salaire minimum (au moins égal au SMIC) durant les périodes de formation, universitaire aussi bien que professionnelle, est une exigence essentielle contre la précarisation des étudiants et des futurs enseignants.

Sud éducation exige :

- l’abrogation des décrets du 28 juillet 2009 sur la mastérisation des concours
- le maintien du recrutement à la licence (Bac+3), avec délivrance d’un Master en fin de formation ainsi qu’à tous les enseignants en poste
- l’abrogation de la LRU
- la titularisation sans condition de concours ou de nationalité des précaires
- un corps unique avec un salaire unique revalorisé, et non une revalorisation qui renforcerait les hiérarchies et les inégalités entre salariés.


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