Evaluations nationales, la mystification continue

vendredi 4 décembre 2009

S’appuyant sur un rapport partial et orienté de l’Inspection Générale de l’Education nationale, le ministère se lance dans sa deuxième campagne d’évaluations nationales alors qu’aucun bilan rigoureux des évaluations
de l’an passé n’a été fait. Et de nombreuses questions restent en suspens…

A qui et à quoi servent les évaluations et surtout quelles en sont les conséquences ?

Voici quelques éléments d’appréciations tirés d’une étude de N. Mons, maître de conférence à Grenoble II, spécialiste des politiques éducatives en Europe.

Le développement de l’évaluation standardisée dans la majorité des pays développés signifie-t-il qu’il s’agit désormais d’un outil incontournable ?

La recherche n’a pas encore démontré par quel processus ces tests pourraient permettre de faire progresser les acquis des élèves. Certaines pistes se dessinent : les élèves, enseignants et parents, confrontés à des objectifs clairs offrant un challenge, se mettraient en mouvement pour atteindre ces buts, cette stimulation externe permettant de dynamiser l’ensemble
du système. Outre le fait que ces considérations assez vagues reposent sur des pré-conçus, certaines de ces allégations théoriques ont été démontées par des recherches empiriques.
Par exemple, les enseignants peuvent être certes stimulés par la pression de ces tests, mais vont dans le sens de pratiques pédagogiques pouvant être considérées comme déviantes : le phénomène du « teaching to the test » qui entraîne une trop forte focalisation de l’enseignement sur les épreuves standardisées, l’élimination officieuse des tests des élèves en difficulté, voire une moindre attention portée aux « cas désespérés » qui ne permettent pas à court terme de faire progresser les résultats de leurs écoles.

Comment peut-on alors expliquer cet engouement pour l’évaluation standardisée ?

a) le centrage sur une mesure quantitative des apprentissages et la priorité donnée à des objectifs cognitifs au détriment d’objectifs de
socialisation larges, en lien avec le développement du concept de compétences dans la veine économiste de la théorie du capital humain et des préconisations
du New Public Management
b) le développement d’un nouveau contrôle social des enseignants et des écoles par les responsables administratifs de l’éducation au sens large
(districts, municipalités, administrations déconcentrées, régions suivant les pays) dans le cadre, le plus souvent, de réformes de décentralisation
et d’autonomie scolaire.

Hier l’évaluation standardisée centrée sur la mesure des apprentissages s’intéressait principalement à l’élève.

Aujourd’hui, son champ d’intervention est beaucoup plus large et met
en lien le pédagogique – sa terre d’élection traditionnelle – et le politique dont elle est devenue un outil de pilotage. Ce changement de nature et l’évolution politique ainsi suscitée, expliquent que l’instrument soit chahuté dans de nombreux pays, notamment par les enseignants.

Des analyses qualitatives, comme celle de Booher-Jennings, ont montré également que les comportements des enseignants avaient changé depuis l’introduction du test : leur attention se portait moins sur les élèves en
grande difficulté, leurs progrès ne permettant pas d’améliorer à court terme les résultats de leur école. Pour finir, l’expérience texane interrogeait sur la consistance des effets positifs de l’évaluation standardisée, leur pérennité dans le temps, les effets pervers qui pouvaient en découler ainsi que sur les écueils méthodologiques de certaines recherches visant à en analyser les conséquences.
Il faut avancer avec circonspection dans le domaine des politiques d’évaluation standardisée. L’outil peut tout à fait avoir sa place dans un système éducatif, mais les effets pervers que l’on peut voir se développer dans certains contextes nationaux invitent à la prudence.

Pour finir, l’évaluation des coûts budgétaires de ces politiques a été à ce jour très peu explorée.

Que fait-on des résultats ?

Les analyses tirées des évaluations ,souvent proches de la méthode Coué, sont comparables à celles du fameux rapport de l’IGEN. Exit l’examen critique.

- Sur la méthode d’abord…
Autrefois, pour les évaluations de CE2 et de 6ème le travail de dépouillement des données était confié à la DEPP, une cellule du ministère composé d’équipes pluridisciplinaires : Statisticiens, sociologues. Aujourd’hui, la DEPP est en cours de restructuration et c’est à la DGESCO qu’est dévolue cette tâche.

- Où est le problème ?
La DGESCO ne dispose d’aucun outil, d’aucun professionnel à même de tirer des conclusions rigoureuses de ces évaluations. Pire encore, l’une des missions de cette cellule est la communication et la gestion des effectifs.
Pourtant c’est sur cette base hautement scientifique que le rapport de l’IGEN conclue : « ces évaluations révèlent aussi l’écart qui peut être important, entre ce qui est enseigné et ce qui devrait l’être. En ce sens, les évaluations nationales sont un puissant levier pour une mise en ouvre complète des nouveaux programmes ».
Et si l’on réalisait enfin que l’existence des évaluations sert à justifier celles des nouveaux programmes et de l’aide personnalisée et d’autres dispositifs à venir ?

Que se passe t’il pendant ce temps là ?

- La Base-élève s’insinue dans tous les établissements de France et ses opposants paient un lourd tribut à leur contestation :retraits de salaires, de fonctions.
- L’assouplissement de la carte scolaire se poursuit de manière plus ou moins explicite via des dispositifs expérimentaux notamment à l’entrée en sixième.
- Les Epep (établissements publics d’enseignement primaire) et leur corollaire de prérogatives en matière de recrutement des enseignants (sans statuts, masterisation oblige) et des élèves (la carte scolaire étant rendue perméable).
En fin de compte toutes les réformes en cours sont en cohérence.
On voit à l’oeuvre, l’installation des engrenages d’un mécanisme redoutable dont la fonction es,t clairement, le démantèlement du service public d’Education nationale

Et n’oublions surtout pas…

- 16000 postes sont supprimés au budget 2009/2010 (soit près de 50 000 en 4 ans).
- Toujours plus de classes et d’écoles fermées.
- La formation et le statut des enseignants en voie de disparition via le processus de masterisation
- La loi Carle imposant le financement de l’enseignement privé par les collectivités locales,véritable outil de mise en concurrence public/privé et première étape de la privatisation des missions d’enseignement.

Alors… les évaluations sont-elles un outil au service de la réduction des inégalités et des difficultés scolaires ?


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