Rythmes scolaires : le serpent de mer

vendredi 1er octobre 2010

A l’instar d’un gouvernement qui multiplie les opérations de communication pour masquer les problèmes sociaux, le ministère de l’éducation nationale s’active pour donner le change. Les réformes engagées au lycée ou dans le primaire ont largement dégradé les conditions de travail et d’enseignement, le démantèlement de la formation initiale est bien le fiasco annoncé. Dans un contexte de contestation et de dégradation du système éducatif la conférence sur les rythmes scolaires est une occasion inouïe de faire diversion. Les médias et tout ceux qui alimentent la vulgate pédagogique sont friands du sujet pourtant il n’est pas sur qu’il ressorte grand-chose de cette nouvelle grande esbroufe. Pour rappel, on trouve dans cette commission un ancien recteur, un haut fonctionnaire européen, un spécialiste de la violence scolaire, un ex-secrétaire d’Etat à la Jeunesse et aux Sports. Et même, un cadre dirigeant à la SNCF, la présidente du Centre des monuments nationaux ou un directeur de Sciences Po parallèlement responsable des études à l’Institut Montaigne. En tout, 27 personnes, issues de tous les champs, y compris économique et touristique, puisque, comme l’a souligné le ministre de l’Éducation nationale "aujourd’hui, l’école rythme toute la société".
Issues de tous les champs vraiment ? Et bien non ! Car dans cette commission, aucune trace de représentant de parents d’élèves ou de syndicats d’enseignants.

A part un nouveau déballage démagogique, le ministère de l’éducation n’a rien à offrir, au risque de contredire les réformes qu’il a lui même initié. Comment poser la question des rythmes scolaires quand, pour satisfaire son électorat, l’UMP a mis fin à l’école le samedi ? Les enseignements ont été resserrés sur quatre jours et ceux qui en pâtissent le plus ce sont les élèves en difficultés. Bien souvent ce sont ceux qui n’ont pas l’opportunité de s’évader le week-end et qui doivent ingurgiter 2h de plus par semaine sous forme d’aide personnalisée. Que dire aussi des conditions de travail des enseignants ? Les équipes sont prises dans une course contre la montre. La qualité des temps de concertation s’en ressent et lorsqu’on a combiné temps d’enseignement, d’aide personnalisé et réunions, les journées paraissent interminables et épuisent les personnels. Il n y a rien à attendre non plus des expérimentations conduites dans les lycées. Remettre à plat, les rythmes scolaires engage une réflexion et des investissements qui se déclinent dans tous les compartiments de la société : temps de travail des parents, disponibilité des collectivités locales qui souvent ont la charge du temps périscolaire et des infrastructures. Il est bien difficile de croire qu’en période de rigueur les fonds nécessaires à cette révolution seront débloqués par l’Etat. Les collectivités locales déjà étranglées par les transferts de charges engagés par les politiques de décentralisation et ne pourront pas non plus assumer ce fardeau.
Le ministère prendrait-il un risque insensé ?
Nous envisageons la question sous l’angle des services publics mais aurions de sous-estimer les prestataires privés qui sont sur les rangs pour assurer ces missions.
Il ne s’agit pas d’une lune syndicale, les jardins d’enfants se multiplient dans certains départements en concurrence avec l’école maternelle, financés par des subventions publiques, certes, mais avec des personnels et un cadre de fonctionnement totalement privé. La lutte contre l’aménagement des rythmes scolaires à Paris en 2002 en fournit une autre illustration : alors que l’emploi du temps hebdomadaire devait être bousculé pour y insérer des activités culturelles, sportives ou éducatives, des grandes entreprises comme Hachette s’étaient clairement positionnées sur ce marché lucratif. Une mobilisation des enseignants du primaire avait mis fin aux spéculations de ces grands groupes de collusion avec la mairie de Paris et le rectorat. Dans les Réseaux Ambitions Réussite le partenariat avec des grandes entreprises est déjà institué et la mise en place d’activités sportives sponsorisées par des leaders du marché est tout à fait plausible.
La conférence engagée par le ministère se réduira donc à un aréopage de spécialistes et de partenaires triés sur le volet pour leur franche adhésion aux propos officiels. Dans ces conditions les conditions de travail des enseignants, ou les conditions d’apprentissages des élèves risquent fort d’être reléguées au second plan.
Il reste que l’externalisation des activités péri-éducatives pourrait être au cœur des véritables préoccupations de Luc Chatel et de son cabinet.


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