Bulletin Hebdo Isère du 6 décembre 2013

dimanche 8 décembre 2013

1- PISA : Un fétiche utile à quoi ?
Entre une prostate défectueuse et une guerre qui s’annonce en Centrafrique, le gouvernement a magnifiquement réussi son plan de com’ autour des résultats de l’enquête PISA où la France se classe à peu près au même niveau que notre équipe nationale de curling, récemment reléguée en départementale si l’on en croit le barème de l’autre OCDE (Organization of Curling Départemental Elite), moins connue il est vrai.
Pas de panique ! Nous vous proposons aujourd’hui, avec son autorisation, un texte de Didier Muguet, enseignant-les-mains-dans-le-cambouis qui produit ici non seulement une des plus riches analyses de PISA publiée, mais qui met aussi en parallèle ce qu’induit cet outil non critiqué et ce que devrait être le rôle de l’école dans une éducation émancipatrice. (voir pièce jointe)
Plongez-vous dans cette lecture en tentant d’oublier tout ce que vous avez entendu de poncifs cette semaine. Vous y apprendrez que les écarts entre pays sont très peu significatifs et que les écarts de scores qui sont importants et à interroger ne se situent pas entre les pays mais bien plutôt à l’intérieur des pays ! Vous aurez la preuve que PISA est un dispositif fictionnel complètement trompeur qui met en tête de palmarès le pays qui a le plus mauvais système scolaire, la Corée du sud, charmant pays où toute la vie du jeune coréen est réduite au travail scolaire et à la préparation aux examens, 6 jours par semaine de 8h à 23h, cumulant sa journée à l’école publique, sa soirée à l’institut privé, et les cours privés. Le « travail scolaire » se résume essentiellement en la préparation aux tests, en la capacité à répondre à des QCM. Le programme se réduit à quelques matières, l’apprentissage consiste en mémorisation, discipline et répétition. L’unique moteur de cette instruction est la compétition à outrance pour être toujours le meilleur. Voilà ce qu’il faut pour être n°1 !
Vous tomberez peut-être de votre chaise en apprenant que la brochure PISA 2012 s’auto-congratule fièrement d’avoir introduit un nouveau domaine dans son test : la culture financière !
Nous vous souhaitons une agréable lecture, mais pensez aux petits sacs à vomis sous le fauteuil et éventuellement au parachute (ça c’est pour l’habile transition avec le point suivant).

2- Parce que patron ça rime surtout avec pognon :
En mars dernier, les Suisses ont voté (à 69,7 % !) l’interdiction des primes de bienvenue et des parachutes dorés pour les patrons. Face à ce succès sans précédent, les syndicats, le parti socialiste et les Verts suisses ont décidé d’aller beaucoup plus loin en lançant l’initiative « 1:12 ». Celle-ci proposait d’imposer un rapport maximal de 1 à 12 entre les plus hauts et les plus bas salaires d’une même entreprise. Car en Suisse, un manager gagne en moyenne 73 fois plus que ce que touche son « collaborateur » ou sa « collaboratrice » tout en bas de l’échelle salariale. Votée fin novembre, cette initiative a été rejetée par 65,3% des voix… Faut pas pousser quand même !
Bon, ne nous offusquons pas trop vite du comportement de nos amis helvètes car dans notre bonne vieille France les patrons ne sont pas plus mal lotis. Parfois on arrive même à en rire, surtout quand c’est le MEDEF qui nous donne matière à… Dans l’affaire de la retraite « parachute-plus-que-doré » de Philippe Varin, président du directoire de PSA, le MEDEF a joué la surprise et l’indignation avec les politiques.
Or, le n°2 du MEDEF, Geoffroy Roux de Bézieux, est membre du conseil de surveillance de PSA Peugeot-Citroën ET membre du comité de rémunération de PSA. C’est donc lui, avec ses acolytes, qui ont fixé le montant astronomique des retraites chapeau ! Et ça joue les vierges effarouchées...
Une question pour terminer : A quand les cours de chute libre pour tous les patrons qui se gavent ?
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3- Les morts sont tous des braves types :
A écouter les journalistes et politiciens qui pleurent Nelson Mandela et qui ne firent rien pour le sortir de prison (dame ! il était communiste), on hésite entre les références à « la mouche du coche » et à la chanson « Le temps passé » de Brassens fustigeant ceux qui ont mis leur « tenue la plus sombre » et leur « masque d’enterrement » pour nous chanter qu’une « fois qu´ils ont cassé leur pipe/On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés/Les morts sont tous des braves types ». Nelson Mandela ne se faisait aucune illusion sur l’hypocrisie de beaucoup des gens célèbres qui venaient jusqu’à lui. Il acceptait ce rituel indiquant discrètement : « Il faut passer par là pour le bien de notre pays. »
Parmi les nombreuses « pleureuses » d’aujourd’hui (attention, les vraies professionnelles, engagées pour pleurer et se lamenter avec ostentation) on trouve ce qui se fait de mieux : les Etats-Unis, bien sûr, qui attendirent 2008 pour retirer le nom de Mandela de leur liste des terroristes et qui mettent dès aujourd’hui leurs drapeaux en berne jusqu’à lundi soir. Tiens, comme la France qui, sous la présidence de François Mitterrand et du gouvernement de Michel Rocard refusait de rompre les relations économiques avec le régime raciste de Pretoria. Le Royaume-Uni bien sûr, au nom duquel David Cameron pleure ce matin « un homme qui a tant souffert pour la liberté et la justice ». Benyamin Nétanyahou, chef du gouvernement israélien, dont l’Etat a soutenu le régime d’apartheid jusqu’au bout, prétend à présent que « Nelson Mandela était le personnage le plus honorable de notre époque… ».
Comble de l’horreur, Marine Le Pen ose dire que « C’est une grande voix de l’Afrique qui s’éteint avec cet homme de la réconciliation » alors qu’après 27 ans d’emprisonnement, le jour de sa libération, son parti déclarait au sujet de Nelson Mandela : « C’est un terroriste qu’on libère ! ».

Tout ce petit monde espère l’amnésie des peuples. Alors n’oublions pas que dans les années 1980 le combat contre l’apartheid n’intéressait pas les puissants de ce monde. La plupart des gouvernements européens maintenaient des relations cordiales avec le pouvoir sud-africain quand la représentante de l’ANC à Paris, Dulcie September, était assassinée par des tueurs à la solde du pouvoir raciste. Difficile de prendre ses distances avec un pouvoir qui ne faisait, finalement, qu’entretenir une vieille tradition chère à beaucoup d’Etat : la colonisation et ses bienfaits...
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Au milieu de ces flots de larmes de crocodiles, rappelons nous plutôt qu’en juillet 1991, un an après sa sortie de prison, Nelson Mandela déclarait à Cuba que « parfois, les gens se réfèrent aux objectifs initiaux de l’ANC et de sa composition initiale pour laisser entendre qu’il s’agissait d’une organisation réformiste. La vérité est que la naissance de l’ANC a dés le début eu des implications profondément révolutionnaires. Nous honorons toujours les noms des héros de la première résistance à la conquête coloniale et des dizaines de milliers de morts noirs sous le régime de l’Apartheid. Nous, à l’ANC, serons toujours aux côtés des pauvres et des sans-droits. Non seulement nous sommes à leurs côté, mais nous ferons en sorte que tôt ou tard ils gouvernent le pays où ils sont nés, et que selon les termes de la Charte de la Liberté : C’est le peuple qui gouverne ! ».


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