Tous suspects...

vendredi 11 décembre 2015

1-Ceux qui sont au chômage font-ils tout ce qui est possible pour retrouver du travail ?
2-Ceux qui sont au travail font-ils ce qu’il faut pour être compétents et performants ?

Si vous êtes « expert », « femme ou homme politique » ou « chroniqueur économique », ces deux questions sont à poser absolument à votre auditoire.
Se dérouleront alors instantanément sous vos pieds de sublimes tapis rouges qui vous mèneront sur tous les plateaux télé, studios radios et pages de journaux de notre beau pays. Succès assuré, retour de l’être aimé, fortune et gloire médiatique éternelle.
Ces deux questions montrent, à elles seules, combien la stigmatisation des salariés et des chômeurs est prégnante aujourd’hui aussi bien dans les médias que dans les bureaux feutrés des divisions Ressources (in)humaines. Chez ma coiffeuse aussi, et même si c’est juste pour faire la conversation, je préfère quand on parle météo, au moins on est d’accord, y’a pu d’saisons.
Depuis quelques années maintenant, un lourd climat de discrédit est jeté sur les chômeurs français et les salariés (alors que la productivité horaire en France est une des plus élevées au monde !). La suspicion généralisée règne. La « pédagogie » libérale pénètre les esprits. Le long travail idéologique finit par porter ses fruits, moisis certes, mais délicats aux palais de nos exploiteurs.

Voyons du côté des chômeurs.
Selon une étude du Credoc, 64 % des personnes interrogées pensent, par exemple, que « s’ils le voulaient vraiment, les chômeurs pourraient retrouver un travail ». De quoi réjouir le patronat...
Ce désir de s’en prendre aux victimes d’une économie dé- primée et d’en faire des coupables n’a pas de frontières : en septembre 2014, le président de la Chambre des Représentants des Etats-Unis, John Boehner, a carrément déclaré que ce qui freinait l’emploi en Amérique c’était... la paresse. Selon lui, les gens ont cette idée selon laquelle « je n’ai pas vrai- ment besoin de travailler, je n’ai vraiment pas envie de faire ça. Je crois que je vais plutôt rester tranquille ». De ce côté de l’Atlantique, c’est François Rebsamen, ex-ministre du travail, qui a ouvert la voie à sa remplaçante (Myriam El Khomri) pour contrôler ces paresseux de chômeurs.

Et du côté des salariés ?
Ce discours de discrédit ambiant est du genre à galvaniser les valets du capitalisme. Ceux-ci se sont lancés dans une bataille sans pitié pour faire gober aux travailleurs qu’ils pouvaient s’épanouir au travail et postuler au concours de meilleur employé du mois pour peu qu’ils se plient à quelques modalités disciplinaires : obéir servilement à leur « manager », accepter l’emploi précaire qu’on leur « offre » (notez ici, au passage, le renversement sémantique habile puisqu’en fait tout le monde sait bien que c’est le travailleur qui « offre » sa force de travail. Passons...).
Mais comment faire avec les salariés bénéficiant d’un emploi stable (CDI, fonctionnaires) pour asseoir sur eux aussi une emprise sans faille ? La solution est toute simple : s’attaquer aux ressources dont disposent ces salariés, c’est-à-dire leur métier et leur expérience. La machette ne présentant aucune utilité (on pourrait en discuter mais ce n’est pas l’objet de cet article) pour cette « attaque », le capitalisme agit à coup de multiples restructurations, de changements incessants, frénétiques, insensés, qui ont pour objectif de déstabiliser, de fragiliser des salariés qui ont sans cesse tout à réapprendre pour conserver leur poste, et qui se sentent en permanence insécurisés face à des objectifs démesurés (quand ils ne sont pas contradictoires) et des évaluations omniprésentes.

QU’IMPORTE LES CONSÉQUENCES SUR LEUR SANTÉ PHYSIQUE ET PSYCHIQUE. MARCHE OU CRÈVE.

Déstabiliser les salariés, les désarmer, les fragiliser, voilà l’objectif ! Sinon, ces foutus salariés sont incapables de donner le meilleur d’eux-mêmes et, pour certains, développent de fâcheuses postures professionnelles... de résistance. Et oui, quelqu’un qui a des certitudes dans l’exercice de son métier peut argumenter sur ce qu’il fait et s’opposer aux directives de la hiérarchie. Une fois brisé et bien imprégné de bonne « culture d’entreprise », l’employé deviendra un allié inconditionnel de sa direction.
Le service public n’est pas épargné, loin de là : dé- stabilisation des agents, tourbillon de réformes, changement perpétuel des pratiques, des sigles (n’en jetez plus !), soumission régulière aux évaluations, autoritarisme croissant de la hiérarchie (souvent inversement proportionnel au niveau de compétence de cette dernière...). Les salariés d’Orange ont trinqué, ceux de La Poste sont au cœur de la tornade et le vent se lève dans l’Education nationale. Nous devons renverser cette tendance. Un fort courant nous tire au large et à moins de vouloir continuer de ramer, nous devons créer collectivement les conditions de résistance pour avoir prise sur les modes d’organisation de notre métier. Pour qu’enfin chacun ait un travail, s’y reconnaisse, se le réapproprie.

TRAVAILLEURS, TRAVAILLEUSES, COIFFEURS, COIFFEUSES, CHÔMEURS, CHÔMEUSES, MÊME COMBAT :
À BAS LE CAPITALISME !


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