Réforme collège 2016, il est temps de rentrer (dedans)...

lundi 12 octobre 2015

Malgré de fortes journées de mobilisation en fin d’année 2014-2015 (quoi que toujours bien trop peu déterminées pour donner une suite offensive), la ministre affiche une volonté thatchérienne en balayant d’un revers de main toute contestation. Pire, elle a poussé l’affront jusqu’à publier le décret la veille de la manif du 11 juin 2015. Depuis les vacances estivales sont passées, il est temps de faire sa rentrée contestataire... et ne pas oublier ni le déni démocratique, ni le dédain gouvernemental et encore moins les finalités de cette contre-réforme non anodine.

Libérons l’éducation de sa libéralisation programmée.
Au delà de la forme d’imposition, ce sont surtout les logiques intrinsèquement libérales de cette contre-réforme qu’il faut combattre. Commençons par déblayer ce qui "pour- rait" être admissible... Nous le savons, l’enfer social-démocrate est pavé de bonnes intentions politiques... En premier lieu, il s’agit -nous dit-on- de combattre les inégalités, notamment par la suppression des filières élitistes... Nous ne pouvons qu’être d’accord avec cette justification, en particulier s’agissant des classes bilingues et européennes, dont il n’est plus à démontrer leur caractère socialement sélectif. Autre argument socialiste : l’interdisciplinarité que les profs "rétrogrades" refusent par peur de remettre en cause leur méthode de travail.

Un renforcement des inégalités déjà en explosion ! EPI c’est tout ?
La premier mensonge politique est la visée de la réduction des inégalités. Nous le savons, nous vivons une période historique où l’accumulation des capitaux économiques, sociaux et culturels n’a jamais été aussi grande pour certain-e- s, créant de véritables ghettos pour pauvres, mais aussi pour riches. Cela est valable également pour le capital scolaire (titres, diplômes... qui permettent de se “valoriser” sur le marché du travail).
Au lieu de réduire le nombre d’élèves par classe, de mettre des moyens à la hauteur des enjeux, on nous verse une poudre de perlimpinpin... Les fameux EPI1. Les élèves en difficulté aussi bien que ceux à besoins spécifiques (ULIS, RASED, UPE2A...) n’auront qu’à s’intégrer comme par magie dans les EPI, ce qui permet de faire des économies en supprimant une partie des dispositifs existants. D’après le ministère : "La réforme permettra au contraire à ces élèves de suivre davantage d’enseignements dans les mêmes conditions que les élèves de leur classe d’inscription [et] mettre en avant leur potentiel et capacités dans divers moments grâce notamment aux EPI et à l’accompagnement personnalisé". L’idée d’accueillir tout public dans les collèges pourrait être intéressante, mais certainement pas sans moyens supplémentaires et non un fumeux “moins mais mieux”. Mais ne nous inquiétons pas, nous disposons des EPI-c’est-tout. Wahouuuuuu !
D’autant plus qu’en matière d’inégalité les cours à la carte ou bien les sujets à la carte ne vont qu’accentuer les gouffres culturels entre élèves, déterminés généralement par les ca- dres familiaux et sociaux. Un exemple déjà parlant les fameux TPE au lycée où nous savons très bien au final qui va s’en sortir de manière autonome et qui va plonger, ce qui sera sans doute pire au collège où les parents présents pour la scolarité de leur enfants vont sans aucun doute s’invertir alors que d’autres n’auront que wikipédia comme aide.... D’ailleurs, cela est déjà criant au collège avec le stage professionnel, où ce sont bien les ressources familiales que l’éducation nationale célèbre en notant cette "expérience" où chacun est sensé se révéler (sic). Il s’agit bien ici d’institutionnaliser les inégalités sociales sous couvert d’égalité pour tou-te-s. L’équité est partie en vacances.

Une seule logique : la mise en concurrence généralisée, à tous les niveaux.
Au delà des élèves, il y aura de lourdes conséquences quant à la distribution "égalitaire" du service public d’éducation. Une école à deux vitesses se dessine avec l’autonomie des établissements de plus en plus en grande. Nous l’avons observé en quelques années à l’Université avec la loi LRU et Fioraso.
Plus d’autonomie aux établissements signifie en réalité pour les personnels et les disciplines, plus de concurrence. Cela signifie également une caporalisation des rapports hiérar- chiques et donc une pression de plus en plus grande sur les sa- larié-e-s.
Derrière cette réforme se cache également les nouvelles techniques managériales avec la "participation d’autres personnels de l’établissement et les partenariats". Comme c’est déjà le cas dans différents secteurs de l’économie, nous allons nous bureaucratiser, et devoir monter de plus en plus de projets chronophages pour obtenir des financements... Au final, la mise en œuvre des PPP (partenariat-public-privé) au sein de l’éducation avance tapie. Il s’agit enfin de pallier le manque criant de personnels sous statut de fonctionnaire en permettant l’embauche sous contrat précaire de personnels extérieurs.

Dégradation des conditions de travail pour tous les personnels
En dehors des rapports hiérarchiques qui sont de plus en plus invivables, cette réforme va se traduire par une dégradation des conditions de travail. Pourquoi ? Tout simplement parce que cette réforme ajoute des missions supplémentaires sans récupération et à salaire égal...
Par exemple, la prise en compte du temps de réunion ? "Le travail en équipe s’appuie notamment sur les instances collégiales existantes et sur des temps prévus dans l’emploi du temps des enseignants dans le cadre de leurs missions liées au service d’enseignement", disait l’ancienne rédaction du 18 juin. Mais la circulaire d’application du 2 juillet énonce qu’ "en fonction des besoins exprimés par les équipes, les chefs d’établisse- ment doivent s’employer à dégager des plages horaires libres communes, qui facilitent le travail collectif, car elles sont anti- cipées et placées sur des temps compatibles avec l’organisation personnelle de chacun". Il est également ajouté que cela s’adresse aux "professeurs documentalistes, ainsi que les conseillers principaux d’éducation". C’est de notre temps hors-élève dont il s’agit. La formulation est d’une insidieuse ambiguïté, mais ne nous y trompons pas : les chefs d’établissement se voient donner le droit d’ajouter des heures de concertation obligatoires. C’est ça, « la prise en compte des nouvelles missions des enseignants » que nous avait servie Ségolène Royal en son temps. Ah, les bonnes intentions des sociaux-démocrates...

BON, ON VA PAS Y ALLER PAR QUATRE CHEMINS, IL EST GRAND TANT DE LUTTER CAR CELA N’EST PAS UNE SIMPLE MESURETTE ISOLÉE. IL S’AGIT BIEN D’UNE ORIENTATION POLITIQUE VISANT À RESTRUCTURER D’UN POINT DE VUE LIBÉRAL LE SERVICE PUBLIC D’ÉDUCATION : NE L’OUBLIONS PAS, LES ACCORDS AGCS, LE PROCESSUS DE BOLOGNE, PUIS DE LISBONNE, AINSI QUE LA CONSTITUTION EUROPÉENNE ET DERNIÈREMENT LE TAFTA NE VEULENT QU’UNE SEULE CHOSE : CRÉER UN GRAND MARCHÉ DU SERVICE DE L’ÉDUCATION ÉVALUÉ À PLUS DE 2000 MILLIARDS DE $...
NOUS APPELONS DONC TOUS LES PERSONNELS À PARTICIPER AUX JOURNÉES DE GRÈVES, À S’ORGANISER EN AG ET À METTRE DES BÂTONS DANS LES ROUES DE CE BULLDOZER LIBÉRAL.

1 Selon la réforme, les EPI, « Enseignements pratiques interdisciplinaires », sont des heures d’apprentissage interdisciplinaires préparées par plusieurs ensei- gnant-es, dont le programme est encadré dans huit thématiques. Prévus de la 5e à la 3e.


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