Journal Académique N°50

jeudi 1er janvier 2009

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Etat de décomposition

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Finira-t-on par comprendre comment tout cela marche ? D’abord on nous explique pourquoi le monde du travail doit modérer ses revendications notamment salariales : la lutte pour les marchés, la compétitivité des entreprises et patati et patata. Bien sûr on reconnaît que les profits s’accumulent. Comment pourrait-on le nier quand on voit que les dividendes que s’apprêtent à croquer les entreprises du CAC 40 en cette année de crise sont en progression, ceux que Renault par exemple
s’apprête à distribuer pour 2008 sont en augmentation de ... 40% !
On nous explique à longueur d’année que les bénéfices patiemment engrangés sont les emplois de demain. Seulement voilà, après avoir accepté de faire les efforts demandés, on nous raconte aujourd’hui que toutes les marchandises produites à flux continus sont désormais invendables faute de pigeons solvables.
Il fallait s’y attendre. Depuis des décennies, la part des salaires dans les richesses produites ne fait que diminuer (moins 10% depuis les années 90). Il faut donc se rendre à l’évidence, une partie des marchandises ne se transformera pas en espèces sonnantes et trébuchantes, et donc anticiper les pertes. Pour cela, une recette vieille comme le monde capitaliste : une partie des travailleurs doit se serrer la ceinture (dans le
langage des économistes à la solde du patronat, on les appelle des privilégiés !), l’autre n’a plus qu’à aller pointer au chômage. Et inutile de venir pleurer misère ! Les restos du coeur qui viennent d’ouvrir ne sont quand même pas faits pour les chiens. La preuve, le gouvernement qui s’attend cet hiver à une forte augmentation du nombre des crève-la-faim (plus 10%) vient d’aligner une aide exceptionnelle de 5 millions d’euros.
Ces pôvres n’avaient qu’à être banquiers ; ils auraient obtenu 5 milliards ! Ils mangent à l’oeil et se prélasseront bientôt dans de beaux appartements gratos grâce au DALO (droit au logement opposable). Plus
besoin du DAL, donc. L’amende de 12 000 € infligée à cette vénérable association était ... pédagogique ! Ce n’est pas parce que la période s’y prête qu’il faut croire au Père Noël. Les associations d’aide aux sans logement ont constitué des dossiers depuis des mois : rien que pour
Paris, 11 000 demandes. 4 500 ont été validées et ... 87 ménages relogés !!! Les laissés pour compte, depuis le 1er décembre, peuvent en théorie saisir le tribunal administratif ; en pratique, ils ont été reçus par la police à coups de matraque. Il ne faudrait pas s’imaginer que dans notre beau pays, les pauvres ont tous les droits. Et dans l’éducation nationale, comment va le moral ? Après l’annonce du report du chantier de démolition du lycée par Darcos, nous sommes passés d’un abattement assez général à un sentiment d’euphorie (surtout dans les lycées), qui, nous l’espérons, ne se révélera pas coupable. Même dans l’optique d’un enterrement de première classe de ce projet, les motifs de révolte de la maternelle à l’université, restent d’une brûlante actualité. C’est pourquoi ce premier recul, dans lequel le spectre de voir nos chères têtes blondes imiter
leurs coreligionnaires grecs a joué un rôle, ne peut que renforcer nos appels à la construction d’un mouvement regroupant tous les personnels dans la perspective des batailles qu’il faudra bien mener.
En pratiquant l’offensive tous azimuts, l’ogre Darcos espérait peut-être réussir là où d’autres ont échoué en prenant un peu plus de gants. Il faut dire que jusqu’à maintenant la grande mollesse des réactions syndicales ne peut que le conforter dans sa stratégie de terre brûlée.

Ainsi au lendemain du 20 novembre, Sud éducation s’est trouvé bien isolé pour soutenir les reconductions de grève dans les quelques académies où elles ont eu lieu. Plus éloquent, le 1er décembre les fédérations de l’EN se
sont réunies pour se mettre d’accord sur une stratégie de mobilisation. Aucun accord n’est sorti de ce grand raout. Seuls Sud et la CGT se sont déclarés en faveur d’une initiative de grève pour la semaine du 8 décembre, sur la base du retrait des réformes et du soutien des luttes en cours. Dans le communiqué rendu public le 2 décembre -sans la signature de Sud-, est évoqué un recours « éventuel » à la grève ... Les directions des grands machins syndicaux ont décidé le 15 décembre qu’il faudrait attendre la fin de la trêve des confiseurs... le 29 janvier pour organiser une journée pour « surmonter la crise » !
Rien de tout cela ne doit nous surprendre. Nous savons depuis longtemps que les grandes mobilisations ne se décrètent pas d’en haut et sont au
contraire le produit de réactions en chaîne à la base, quand le degré d’acceptation de la souffrance vécue et de la frustration imposée atteint un seuil intolérable. Les résultats de nos élections professionnelles semblent montrer que ce point n’est pas atteint. Si Sud éducation maintient dans l’Académie les scores qui étaient les siens il y a 3 ans, et que notre élue
(CAPA certifiés) a conservé son siège, la politique de renoncement suivie par les syndicats majoritaires a été plébiscitée par la moitié des votants. Ce n’est pas une bonne nouvelle pour tous ceux qui espèrent que la très rapide dégradation de nos conditions de travail entraîne une prise de conscience.
Bien que, dans de nombreux établissements, l’air commence à devenir irrespirable, il semble que les collègues continuent à avoir confiance dans une stratégie faite d’attentisme et d’acceptation résignée des reculs successifs.
Au fur et à mesure du développement des opérations de démolition lancées par DarKos Vador, il faut cependant nous attendre à ce que se multiplient un peu partout des réactions de rejet qui pourront prendre
des formes pas toujours très académiques ! Qu’à cela ne tienne, notre rôle doit être de tout faire pour qu’elles ne restent pas isolées et travailler à ce que ces énergies ne se consument pas en pure perte. Pour nous, les choses sont claires : nous ne pourrons pas faire reculer ce gouvernement sans que soient remises en cause de fond en comble les pratiques adoptées ces dernières années, que ce soit en terme de journées de lutte
sans lendemain ou de mobilisations symboliques. Les formes des combats à venir ne pourront que renouer avec celles qui, dans un passé pas si lointain, se sont montrées seules capables de nous éviter de cuisantes défaites. Nos élèves n’ont-ils pas commencé à en faire la démonstration ces dernières semaines ? Et à ceux que la morosité pourrait gagner, rappelons ces quelques mots de Karl Marx « dans l’histoire comme dans la nature, la pourriture est le laboratoire de la vie. »

Serre les fesses, camarade !

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O lecteur, prends garde à toi. Big Brother te regarde. Tu lis ces pages un brin critiques, un chouia contestataires… mais sais-tu ce qu’il en coûte d’effeuiller la presse subversive ? A l’heure où les réformes délétères font flores, le gouvernement s’attend à des réactions de grande ampleur. Or Sarko l’a dit, en France la contestation ne se voit plus. Comprenez… ne doit plus jamais se voir ! Aux grands maux les grands remèdes. Dans un premier temps, la main mise de la sarkosie sur la presse fait des miracles. On efface bourrelets et bagues trop voyants, on efface, on efface... On édulcore, on change l’éclairage. Les journalistes accouchent trop souvent d’une impertinence mort-née. Ne surtout pas poser les questions qui fâchent, ou alors accepter des réponses décalées, fuyantes ou mensongères. A ce jeu de dupe, une partie de la presse française a perdu son âme. Cette presse une fois réduite au silence, il reste les contestataires anonymes. Ceux qui citent la prose présidentielle - « Casse-toi pauv’con » - se retrouvent au tribunal et sont condamnés.
Des jeunes gens un peu trop à gauche que l’on accuse de terrorisme sont embastillés sans la moindre preuve. On agite l’épouvantail du terrorisme et
du sang qui coule pour mieux faire peur et se poser en sauveur.
Les gouvernants de notre beau pays, avec force arrogance et mépris, commencent pourtant à abuser de leurs pouvoirs. Car ils aiment ça et en jouissent sans vergogne. Un journaliste convoqué dans une affaire de
diffamation est arrêté manu militari au prétexte qu’il ne s’est pas présenté assez vite devant la juge. Menotté devant ses enfants, ce grand criminel subit plusieurs fouilles au corps et autres humiliations. « Procédure classique » clament en coeur Dati et Alliot-Marie ! Les pandores débarquent dans un collège du Gers avec des chiens ; ils cherchent de la drogue... Re-fouille au corps ! Ils repartent bredouilles. « Prévention ! » beuglent les autorités. Lecteur, sois lucide. Ton espace de liberté se
réduit comme peau de chagrin.

Ecole et entreprise

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On peut lire à la une du site du Ministère, aux côtés des voeux de notre cher ministre, cette information de la plus haute importance : l’éducation nationale vient de signer, le 8 janvier 2009, une convention avec l’association « 100 000 entrepreneurs » pour « organiser des parrainages de classes de collèges et lycées par des entrepreneurs. »
En voilà une bonne nouvelle. Ca nous change un peu des annonces de suppressions de postes, réformes de l’école, du lycée …
Les entrepreneurs vont donc parrainer des classes, et « diffuser le désir d’entreprendre », vanter le bien-fondé et la nécessité de l’employabilité, de
la docilité, de la hiérarchie d’entreprise. « La signature de cette convention
souligne l’engagement gouvernemental en faveur de la diffusion de la culture économique et de l’esprit d’entreprendre auprès des jeunes » peut-on lire dans le communiqué du ministère.
Si l’on a envie d’en savoir plus, on peut aller faire un tour sur le site de ladite l’association … ça vaut son pesant de cacahuètes.
On trouve dans le livret pédagogique à destination des employeurs
intervenants en collège des messages clés à faire passer : « L’entreprise n’est pas l’ennemie du salarié : elle lui apporte un emploi, un revenu, une
possibilité de formation, de progression […] Le chef d’entreprise n’est pas l’adversaire de l’employé : leurs intérêts sont liés, le succès de l’un portant
celui de l’autre… » Tout est dit.
Profs de SES, d’histoire, au placard… la lutte des classes ?
Mais c’est bien fini, M’sieurs dame, y’a qu’à écouter P. Hayat, « serial entrepreneur », président de cette infâme association, que Darcos n’oubliera certainement pas d’inviter à la concertation sur les réformes à
venir et qui a son mot à dire : « Quelle économie faut-il enseigner ? Cette question reste en suspens, parce qu’elle est sans doute la plus idéologique de toutes.
Jusqu’à présent, les sciences économiques et les sciences sociales sont mêlées au sein d’un même programme. L’analyse des mécanismes économiques par le seul prisme social présente des risques de dérapage
idéologique. »
Sud éducation rappelle que l’entreprise n’a rien à faire à l’école, et appelle à la plus grande vigilance face à la propagande en faveur de ce genre d’initiatives.

Bas les pattes, nous avons lu pour vous...

Voilà une publication qui vient à point nommé pour nous remettre les idées en place. En effet, le livre de E. Khaldi et M. Fitoussi « Main basse sur l’école publique » (1), nous aide à mieux comprendre les motivations et les arrières pensées idéologiques qui sont à l’oeuvre dans le travail de sape contre l’école publique. Celui-ci, mené tambour battant depuis l’arrivée de Darkos Vador au ministère de l’En, a, selon les auteurs, un
objectif bien défini, celui au prétexte de « liberté d’enseignement » de favoriser par tous les moyens une privatisation de l’enseignement en France. Pour atteindre leur but, il faut par étape faire sauter ce qui
en limite le développement. C’est ainsi que la disparition de la carte scolaire et l’affaiblissement continu du secteur publique (via les pseudos réformes à tous les étages) sont autant de mesures qui trouvent leur
cohérence dans la rageuse volonté d’en finir avec une école qui, au regard de ceux qui nous gouvernent, ne répond pas assez au credo libéral.
Au chapitre des réjouissances, nous suivons tout au long de l’ouvrage les multiples liaisons plus ou moins contre nature entre certaines officines proches des courants extrémistes ou intégristes, avec lesquelles nos dirigeants actuels continuent d’avoir des liens de consanguinité. Enfin, on ne nous cache rien du lent mais inexorable effacement de la gauche sur le terrain de la défense des agents, notamment ouvriers, de l’En.
Une lecture roborative donc, à déguster sans retenue !
(1) « Main basse sur l’école publique », Eddy
Khaldi et Muriel Fitoussi, éd Demopolis 2008.

Convention Unedic

Alors que, sur fonds de crise, l’Insee prévoit une remontée rapide
du taux de chômage à 8% d’ici fin juin, la convention Unedic, qui fixe
les règles d’indemnisation chômage pour les deux années à venir, a été renégociée : une nouvelle convention a ainsi vu le jour, le 23 décembre 2008, avalisée pour l’instant par la CFDT qui fait cavalier seul avec le patronat. Même la CFTC, et c’est historique, a refusé de signer l’accord
au rabais, qui prévoit la diminution des durées d’indemnisation – pour une économie de 170 millions d’euros-, la baisse des cotisations en cas d’excédent – pour rappel, l’excédent attendu en 2008 est de 4,5 milliards d’euros-, et, seule carotte, la création d’une filière d’indemnisation dès 4 mois de cotisation (pondérée par l’obligation de justifier de 6 mois d’activité en cas de seconde inscription au chômage dans les 12 mois). La crise financière commence à faire sentir ses répercussions sur l’économie réelle : les premiers touchés sont les jeunes, le plus souvent intérimaires ou travailleurs en CDD dont les contrats ne sont pas renouvelés. Les
grandes industries (automobile en particulier) en sont de grandes consommatrices ; Manpower, Adecco, Randstadt, les grandes boîtes d’intérim, annoncent donc des milliers de suppressions de postes. Plus que jamais la question de l’indemnisation chômage est d’actualité : alors que le gouvernement vient de prendre des mesures pour la relance des
investissements, les précaires et chômeurs vont faire, les premiers, les frais de la crise. L’indemnisation de toutes les formes de chômage et de précarité, intérimaires, intermittents, saisonniers, stages, temps partiels
imposés.. et des primo-demandeurs d’emploi et paysans dans la misère, est urgente !

Voeux présidentiels

Depuis Saint-Lô, capitale des ruines, notre Président nous a adressé ses voeux lundi 12 janvier… « Il faut gagner la bataille de l’intelligence » clame-t-il. Il faut « rétablir l’autorité du savoir » et fonder « un système
qui tire vers l’excellence ». « N’ayez pas peur. » Ben voyons. « Donner davantage d’argent n’est pas la solution... » Nous y voilà… En dehors du blabla habituel donc, rien de nouveau sous le soleil… à part que pour la nouvelle année, Sarko a décidé de nommer Martin Hirsh Haut commissaire
à la Jeunesse, en place de B. Laporte, pour mener une "politique plus cohérente, plus transversale, plus dynamique, plus ouverte..." Deux épouvantails de gôche brandis à bras le corps (Hirsh et Descoings –directeur de l’IEP de Paris et ancien chargé mission de Jack Lang, qui aura pour tâche de faire se concerter le beau monde sur la réforme du lycée) et cap sur les réformes… pour 2010. Il est loin d’être certain que les exhortations du Capitaine Sarko suffisent à calmer la révolte … les
organisations lycéennes appellent à manifester jeudi 14 janvier, exigeant le rétablissement des postes supprimés. Reste à voir ce qui adviendra les 17 et 29 janvier, et si les mobilisations se développeront pour mettre un terme à l’entreprise de démolition poursuivie par le gouvernement.

Réquisitions de richesses

Samedi 27 décembre, une trentaine de chômeurs, précaires et personnes solidaires descendaient au Monoprix du centre ville de Grenoble pour y faire des emplettes en vue d’une redistribution envers des précaires, sans papiers …
Après discussion avec le gérant, qui, convaincu sans trop de peine de la justesse de leur action, avait congédié les forces de police tout d’abord appelées à la rescousse, ils ressortaient sans payer, avec une quinzaine de sacs remplis de denrées de première nécessité ainsi que de denrées de fêtes, qui furent redistribuées deux jours plus tard.
Il s’agissait d’une réquisition de richesses, ou autoréduction, une action collective menée traditionnellement en ces périodes de fête par les collectifs de précaires. Ainsi à Rennes et à Paris d’autres ont eu la même idée en cette fin d’année 2008…
A l’heure où les entreprises de la grande distribution continuent à engranger des bénéfices faramineux, où d’autres sont sommés de se serrer la ceinture, car attention, hein, c’est la crise, cette forme d’action, politique et symbolique, dénonce très pratiquement l’inégalité de la répartition des richesses. La machine s’arrête un instant, les caisses n’encaissent plus, puis champagne, huile végétale, spaghettis et truffes de Chine sont redistribués devant les portes de l’ANPE. L’histoire aurait pu s’arrêter là : mais Monoprix a décidé de porter plainte … pour vol !! Reste à savoir si la justice donnera suite …


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