Journal Académique N°51

dimanche 1er mars 2009

P. 1 : Avis de tempête tropicale

P. 2 : Enseignants chercheurs en grève illimitée

P. 3 : Enseignement professionnel

P. 4 : Fin d’année en lycée, le grand bêtisier !

P. 5 : RASED et Convergence des luttes

P. 6 : Droit de grève et « désobéisseurs »

P. 7 : La stratégie du chaos

P. 8 : SOMMAIRE/ADHESION

Avis de tempête tropicale

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Sur fond de crise économique, les salariés sont, comme il fallait s’y attendre, les premiers à payer les pots cassés. Depuis septembre 2008, le nombre des chômeurs a augmenté officiellement de plus de 250 000 ! Quand on connaît la fiabilité des chiffres qui nous sont communiqués, il y a de quoi se faire du mouron. C’est ce moment qu’ont choisi certains gros machins syndicaux (CFDT, CFTC, CGC) pour annoncer leur intention d’avaliser l’accord sur l’assurance chômage. Ce dernier, concocté par les conseillers sociaux de l’Élysée (sic) et le MEDEF, prévoit rien de moins qu’une nouvelle baisse des cotisations des employeurs. Décidément pour les patrons on ne compte pas, les ressources semblent inépuisables. Face à ce cynisme récurrent, les premiers signes d’un mécontentement général commencent à se multiplier dans notre beau pays. Les premiers à secouer le cocotier, ce sont nos frères de Guadeloupe. Commencée le 20 janvier dans une indifférence entretenue, leur grève générale a mis des semaines avant d’avoir droit à un peu d’intérêt de la part de nos médias métropolitains et autres partenaires sociaux. Leur formidable détermination a réussi à rompre ce mur du silence et a rapidement fait tache d’huile. Les travailleurs de la Martinique puis de la Réunion, sous des formes diverses, se sont lancés à leur tour dans la bataille, commençant à faire craindre une généralisation du mouvement. Mais l’absence de véritable appel à la solidarité et à l’élargissement de la lutte en métropole, a jusqu’à maintenant réussi à isoler celui-ci.
Après avoir essayé vainement d’étouffer la lutte avec de vagues promesses, la première vraie mesure prise par le gouvernement mi-février a été d’envoyer… quatre escadrons de gendarmes mobiles ! Il n’y a là rien qui doive nous surprendre, Sarkozy l’a rappelé à la TV, ce sera que nibe pour les pauvres, pas question d’augmenter les salaires ni de renoncer aux différents plans de destruction d’emplois.
Dans cette situation, la voie qu’ont choisie les travailleurs antillais doit nous servir d’exemple. Un certain nombre d’indices nous laisse penser, qu’ici aussi, ce qui semblait irréaliste il n’y a que quelques mois, devient possible aujourd’hui. La présence de plus de 2 millions de manifestants dans les rues le 29 janvier dernier a été un premier encouragement pour ceux qui ne se résignent pas. L’incendie qui couvait dans les universités est en train de se déclarer. L’appel à la grève totale et illimitée lancé par la coordination universitaire à partir du 3 février est en passe d’être suivi massivement. Le tollé que provoque la suppression programmée de l’année de formation des enseignants et la grogne qui enfle dans les IUFM est un signe supplémentaire qui, ajouté à tous les autres, ne peut que raviver nos ardeurs militantes.
Dans le même temps, le grand raout interconfédéral du 2 février n’a accouché que d’une souris que l’on peut résumer par « il est prudent de ne rien faire ». Cela ne doit pas nous étonner, tant il est clair que certaines organisations syndicales n’ont d’autre horizon que de signer de petits accords entre amis. Quelle négociation peut-on envisager avec un gouvernement dont le porte-parole, Luc Chatel, déclarait après la grève du 29 « le gouvernement exclut toute concession majeure » (La Tribune 03/02) ? Il est clair que ces gens ne comprennent que le rapport de force. A ce jour, le seul exemple de véritable recul de cette équipe de choc, ce sont les lycéens qui l’ont donné, quand face à leur détermination les autorités ont craint une contagion à la grecque. Si rien ne vient entamer la combativité des travailleurs guadeloupéens, il est probable que ceux-ci apporteront à leur tour la confirmation que seule la lutte paye.
Il ne faut donc rien attendre de décisions aléatoires, qui sous prétexte d’unité de pure forme, ne font que reculer le moment où il faudra se retrousser les manches. A y regarder de plus près, mettre notre mouchoir dans la poche au prétexte de ne pas rompre le beau front syndical, ne peut qu’apporter de l’eau au moulin des professionnels de la négociation et les conforter dans leur volonté d’éviter un véritable affrontement. Peut-on être plus clair que Martine Aubry quand dans une interview au Parisien (13/02), à la question du risque d’extension du mouvement antillais à la métropole, elle déclare : « il faut tout faire pour que cela n’arrive pas » ! Les grandes centrales syndicales se sont bien gardées d’aller dans un autre sens que la nouvelle secrétaire du PS.
La comédie du sommet social convoqué par le chef de l’État n’a débouché que sur des mesurettes comme il fallait s’y attendre. Pire, en dépit des attitudes de matamores des Thibault, Mailly et Chérèque, avant la rencontre, la question des Antilles n’a fait l’objet d’aucune discussion ! Circulez il n’y a rien à voir. Et pourtant ne sommes-nous pas concernés quand nos camarades des Antilles revendiquent une augmentation générale des salaires d’au moins 200€ pour tous, la revalorisation des retraites et des minima sociaux ? Leur combat est notre combat.
Et maintenant que nous propose-t-on ? Une nouvelle journée le 19 mars et pourquoi pas à la saint-glinglin. Pour ce qui nous concerne, nous savons que cela ne sera pas suffisant. C’est dans notre faculté à favoriser un retour aux vieilles traditions de lutte, comme ont su si bien le faire les travailleurs des Antilles, que notre syndicat peut être utile à ceux que les perspectives du combat social n’effraient pas. Quand à ceux qui restent sourds et aveugles aux appels à la solidarité et à l’amplification des luttes, souvenons-nous de ce qu’en pensait Rosa Luxemburg : « L’opportunisme est (...) une plante des marais qui se développe rapidement et à foison dans les eaux dormantes du mouvement ; dans un courant fort et frais, elle dépérit toute seule. »

Enseignants chercheurs en grève illimitée

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La mobilisation exemplaire initiée par les enseignants chercheurs le 22 janvier dernier, rejoints depuis par les étudiants, ne faiblit pas. Ainsi jeudi 19 février, une nouvelle journée de mobilisation a réuni plus de 50 000 personnes dans toute la France. La Sorbonne a même été, ce jour-là, occupée pendant quelques heures.

Le 20 février, la Coordination Nationale des Universités a demandé l’abrogation de la LRU, ainsi que celle de la loi du 18 avril 2006 de programme pour la recherche, l’abandon du projet de contrat doctoral. Les autres revendications du mouvement vont du refus de la mastérisation des concours de recrutement, à l’arrêt des suppressions de poste, en passant par le rétablissement de postes supprimés, l’arrêt des restrictions budgétaires, la hausse des bourses étudiantes, l’augmentation du nombre de logements universitaires …

Enseignants-chercheurs

Pour rappel : le décret qui réforme le statut des enseignants chercheurs et qui a mis le feu aux poudres découle de la Loi n°2007-1199 du 10 août 2007 relative aux libertés et responsabilités des universités (LRU), autrement dit de la loi qui accroît l’autonomie des universités. Au sein du décret contesté, c’est notamment la modulation de service entre recherche et enseignement qui est dénoncée : puisque les postes n’augmenteront pas mais que le volume d’heures de cours va quant à lui s’accroître, il faudra bien que certains enseignent plus, puisqu’il n’est pas question de recruter davantage. Bref, d’un côté moins de cours pour les chercheurs les plus brillants, et de l’autre moins de recherche et plus de cours pour les autres … Il s’agit de gratter là où c’est possible pour rendre plus rentables des enseignants suspectés de feignasser dans les universités ou autres labos de l’hexagone.

Autonomie des universités

Depuis le 1er janvier 2009, 20 universités sont devenues « autonomes ». Les autres devront prendre le pli, et ceci d’ici 2012.
Est-il besoin de rappeler que, sous couvert d’autonomie, il s’agit de mettre en concurrence les universités, les formations, les enseignants, en érigeant la performance en valeur suprême, tout en précarisant l’ensemble de l’éducation … tout ceci bien entendu par pur souci budgétaire.
Les usagers, c’est à dire les étudiants, vont être, eux, de plus en plus considérés comme des clients … sélectionnés, aidés s’ils le méritent, et non s’ils en ont besoin. Car toute peine mérité salaire, tout effort mérite récompense, et il va bien falloir s’y faire, étudier c’est désormais apprendre avant tout à être employable, il manquerait plus qu’au XXI ème siècle on pense encore à philosopher, à lire la Princesse de Clèves, que l’université reste coupée du monde de l’entreprise.
L’autonomie signifie donc le démantèlement de l’enseignement public : précarisation et éclatement des statuts (la réforme des concours de recrutement va faire apparaître de nouvelles catégories d’enseignants, puisque les futurs détenteurs de masters qui seront recalés aux concours mais auront reçu une forme de certification pédagogique, viendront grossir le rang des contractuels et autres précaires) ; pouvoirs accrus de la hiérarchie (présidents d’université, chefs d’établissements…) ; suppressions massives de postes ; création d’une éducation à deux vitesses …

La Coordination Nationale des Universités appelle à l’élargissement de la lutte dans l’ensemble de l’éducation nationale …

Coordination Nationale des Universités

Le 20 février, la Coordination Nationale des Universités a adopté une motion dans laquelle on peut lire : « Nombre de nos revendications concernent les collègues de la maternelle, du primaire et du secondaire, et au-delà l’ensemble de la société. Leurs revendications sont les nôtres. Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne l’emploi, la réforme des concours de recrutement et de la formation des enseignant-e-s, mais aussi la remise en cause des disciplines et des statuts nationaux. La coordination appelle à la multiplication des actions communes partout sur le mot d’ordre
« De la maternelle à l’université : retrait des contre-réformes Darcos/Pécresse ». Elle reprend la proposition que soit organisée une grande journée de mobilisation sur ce mot d’ordre début mars. Dans cette perspective, elle mandate une délégation pour prendre contact avec les organisations syndicales et l’Intersyndicale de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle appelle nos collègues à aller discuter dans les écoles, collèges et lycées. Elle appelle les IUFM à rejoindre massivement le mouvement et à le relayer auprès des maîtres formateurs. Elle mandate une délégation à la coordination parents-enseignants du 14 mars à Montpellier. »

L’appel ne peut pas être plus clair. Il s’agit maintenant d’y répondre …

A voir ...de toute urgence !
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Soutenance de thèse de Valérie Pécresse : un spectacle parodique réalisé par un comité de mobilisation du campus de Grenoble (regroupant le collectif MARRE, Sauvons L’Université !, SUD éduc, SNESUP, Nous ne paierons pas votre crise), et interprété par des personnels et étudiants.

The intergalactic Bouyggle University.
To boldly go where no University has gone before !
A Bouygues and Google Inc. company... anciennement Université de Grenoble.
La soutenance de Mme Valérie Pécresse " Du bricolage de l’université à l’université du bricolage : la formation à prix entrepôt”.
En 7 vidéos et 47 min.

http://coordsuprech38.wordpress.com/2009/02/10/soutenance-de-v-pecresse-la-video/

Enseignement professionnel Création d’un collectif LP à Grenoble

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Si la mobilisation des élèves à la fin de l’année passée a contraint le ministère à "reporter" précipitamment la réforme du lycée, il en va tout autrement dans l’enseignement professionnel. La réforme des bacs pro, elle, commence à s’appliquer en provoquant les dégâts que nous redoutions : formation réduite d’une année en bac pro ne donnant pas la garantie d’un diplôme de même valeur, disparition programmée du BEP, c’est-à-dire d’un diplôme qualifiant reconnu dans les conventions collectives, suppressions de filières, de postes, augmentation des effectifs dans les classes, etc.

Et ce n’est que le début ! Les conséquences néfastes de la réforme vont s’affirmer au fil des ans avec la disparition progressive de l’ancien cursus en quatre ans. Peut-être même plus rapidement qu’on ne le croit généralement parce que les économies prévues au titre de la réforme du lycée général ont déjà été budgétées et qu’il va bien falloir trouver de quoi remplacer le manque à gagner… Une fois de plus, il y a fort à parier que ce sont les lycées professionnels qui feront les frais de l’opération !

Il semble donc plus qu’urgent de relancer la mobilisation pour le retrait de cette réforme. Pour l’instant la "résistance" est plutôt disparate, menée au niveau des établissements, souvent en réaction aux annonces faites pour la rentrée de septembre prochain. Nous soutenons bien évidemment ces initiatives mais tout le monde a bien conscience qu’elles ne suffiront pas. C’est pour essayer de coordonner les actions et de développer la mobilisation que plusieurs collectifs inter-LP viennent d’être créés à Nantes, Rouen, au Havre... et désormais à Grenoble.

La première réunion du collectif s’est tenue le 24 février dernier en présence de collègues des lycées Guynemer, Argouges, Vaucanson, Pablo Neruda, Edison, et Louise Michel. Il s’agit dans un premier temps de construire un réseau au niveau du département ou de l’académie (vous pouvez d’ores et déjà contacter le collectif à l’adresse suivante : collectif.lp@gmail.com )

Plusieurs propositions ont également été lancées :

élaboration d’un texte revendicatif commun.
campagne d’information en direction des élèves et de leurs parents.
préparation de la manifestation nationale du 19 mars prochain et d’une banderole concernant l’enseignement professionnel.

D’autres actions devraient rapidement être décidées. A cette fin, la prochaine réunion du collectif est prévue le

Mardi 17 mars à 18 heures à l’ADAEP
83, cours Berriat à Grenoble

Venez nombreux !

Fin d’année en lycée, le grand bêtisier !

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ajournée (et non supprimée, rappelons-le…) que la sérénité et le bon sens sont de retour dans les lycées généraux… On pensait pourtant être relativement tranquille jusqu’au mois de juillet, soufflant un peu, en se disant qu’on avait gagné au moins une année…Las ! C’était sans compter un retour de flamme ministériel, un baroud d’honneur pour essayer de montrer qu’il y a toujours un capitaine sur le navire…

La « reconquête du mois de juin »

De quoi s’agit-il au juste ? Sous ce titre vindicatif et batailleur se cache une volonté de poursuivre la scolarité des classes de Seconde en juin, de l’allonger d’une quinzaine de jours, rien de moins…Ce qui, par ricochets, entraînerait plusieurs conséquences négatives – voire loufoques – qui ne vont pas dans le sens de l’apaisement dans les lycées… Examinons-les :

1° Arrêtons-nous d’abord sur le vocabulaire utilisé, avant de présenter cette dernière trouvaille darcossienne. Le terme « reconquête du mois de juin » n’est pas neutre, et a des significations implicites que le « grand public » va certainement intégrer… Dans une société où la communication devient plus importante que le fond du message et tient lieu de politique, cette expression de « reconquête » renvoie inconsciemment à cette image du prof surchargé de temps libre, qui début juin pense déjà à l’organisation de ses interminables congés d’été… La fin des cours pour les classes de Seconde se plaçait généralement vers le 10 juin, soit peu de temps avant le début des épreuves du Bac. Ce qui était synonyme, pour certains « réformateurs », de vacances anticipées pour les enseignants qui n’avaient plus de cours à préparer… Bref, le fait même d’employer la notion de « reconquête » veut faire signifier implicitement que l’on (re)met les profs au travail, avec tous les poncifs et les attaques idéologiques que l’on peut facilement imaginer…

2° Le but de cette énième réforme est donc de prolonger d’une quinzaine de jours la présence des élèves de Seconde dans les lycées, et par conséquent de poursuivre leurs cours d’autant. Mais les conséquences pédagogiques et matérielles sont assez absurdes pour ne pas dire ingérables et inacceptables ! En effet, il est prévu que les élèves arrêtent dans un premier temps leurs cours au début du mois de juin, avant leur conseil de classe, pour ensuite revenir après une dizaine de jours au lycée pour se farcir deux semaines supplémentaires !... On imagine la motivation puissante des élèves…dont le sort est déjà scellé puisque les conseils de classe ont eu lieu… Mais que faire alors avec ces élèves surmotivés ? Fignoler un programme jamais véritablement bouclé ? Apparemment non ! D’après les informations disponibles, l’idée est de déstructurer le groupe-classe, et de ventiler les élèves en fonction de leur orientation et de leur future filière (L-ES-S …). Dans ce fourre-tout se placent des activités diverses et variées, de la préparation à la Première en passant par le théâtre… Préparer une future rentrée de Première, pourquoi pas pendant une heure ou deux …mais pendant toute une semaine, cela risque d’être un peu fastidieux : aux profs d’improviser et de trouver les solutions ! On peut donc facilement craindre que les lycées se transforment en centres de loisirs, le flou le plus total régnant sur les objectifs pédagogiques précis, avec en plus des élèves pas franchement ravis de retourner en classe après un faux-départ de leurs grandes vacances… Les collègues sont-ils formés et payés pour ça ? Car aucune directive nationale, aucun « programme » (et on comprend pourquoi) n’est là pour encadrer les activités d’enseignants livrés à eux-mêmes. D’autant plus que ce fonctionnement va varier d’une académie à l’autre. Est-il légitime que des enseignants, dépendant d’un Ministère de l’Éducation nationale suivent des directives rectorales variant d’une académie à l’autre ? Encore un mépris supplémentaire pour notre fonction et notre formation… En tout cas, ce sont les parents qui vont être contents de ne pas avoir les marmots à la maison…

3° Il y a aussi des dégâts collatéraux à cette « reconquête » : les corrections du Bac. La redistribution des copies sera effectivement modifiée : au lieu de les distribuer le lendemain de l’épreuve comme c’est le cas aujourd’hui, toutes les copies (philo exceptée) seraient remises aux correcteurs le 25 juin ! Conséquence : un temps sensiblement raccourci pour les corriger, une bonne semaine en ce qui concerne certaines matières comme l’Histoire-Géographie. Et c’est normal : il faut que les profs aient le temps de préparer leurs cours (ou plutôt leurs « activités ») pour les classes de Seconde ! Mais grâce à la générosité du ministre, c’est vrai que les copies vont être surpayées : 5 € chacune paraît-il…Néanmoins, ce raccourcissement drastique du temps de correction pose quand même problème, à moins que là aussi on considère que de toute façon il faut vraiment « reconquérir le mois de juin »…

4° Autre dégât indirect : les épreuves du Bac vont se dérouler alors que les élèves de Seconde suivent leurs « cours »…On souhaite bien du plaisir aux organisateurs des épreuves, sans parler de tous les autres, surveillants ou bacheliers… !

Bref, s’agit-il d’un nouvel d’un effet d’annonce, après celui – par exemple – du remplacement par les collègues ? Difficile pour l’instant d’avoir des échos précis des académies pilotes de l’année dernière, mais il semblerait que ces annonces n’aient pas été véritablement applicables... Il faudra donc rester très attentif à la suite des opérations, et notamment à propos des textes et autres décrets du BOEN, sans parler des initiatives locales que ne manqueront pas de prendre des chefs d’établissement zélés et modernes…

RASED : enterrement, premier acte !

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3000 suppressions de postes RASED sont toujours d’actualité ! Deux réunions se sont tenues les 5 et 12 février sur le « traitement de la difficulté scolaire ». Les « négociateurs » mandatés par les syndicats ont annoncé fièrement qu’ils s’opposent à ces suppressions mais sont quand même allés négocier. Comment peut-on participer à un groupe de travail pour aider à aménager ce que l’on refuse ? Les associations de professionnels n’étaient, elles, pas invitées, puisque les morts n’assistent pas à leur enterrement.

Les « négociateurs » ont donc fortement insisté : il faut que les « […] 1500 postes sauvegardés le soient réellement ». Il est tout simplement inadmissible et scandaleux de la part de syndicats de passer sous silence les 1500 suppressions de postes, comme si, de fait, ce choix ministériel était désormais inéluctable et avéré. Les 13500 suppressions sont toujours d’actualité pour 2009 : il n’est pas question de négocier quoi que ce soit sur cette base.

La formation maintenue, mais dans quelles conditions...

Le Ministère a promis que le dispositif de formation serait maintenu. Comme cette formation avait été suspendue, il est facile d’imaginer que bien peu de collègues auront postulé, d’autant que le paysage « RASED » ne semble pas promis à un bel avenir ! Compte tenu de cet inquiétant contexte, il aurait été judicieux, si l’honnêteté avait été de mise, d’élargir la période de recrutement en rassurant les collègues candidats quant à l’avenir des RASED.
D’autre part, le Ministère n’a pas garanti que les Inspecteurs d’académie, libres dans leurs choix d’options pour les départs en stage CAPA-SH (Certificat d’Aptitude Professionnelle pour les Aides spécialisées, les enseignements adaptés et la scolarisation des élèves en situation de handicap), recevraient des instructions particulières. On imagine facilement qu’ils invoqueront la pénurie en maîtres D (Enseignement auprès d’élèves présentant des troubles importants des fonctions cognitives) et F (Enseignement auprès des élèves des établissements et sections d’enseignement général et professionnels adapté) dans les établissements spécialisés pour n’ouvrir la formation qu’à ces seules options au détriment des options E et G (enseignement et aides spécialisées à dominante pédagogique et rééducative).
Le Ministère a également reconnu qu’il fallait « alimenter le
vivier des RASED ». Alimenter le vivier ! Les représentants du Ministère et de certains syndicats se réunissent pour tenter de faire avaler la pilule du saccage engendré par 1500 suppressions sèches et de 1500 autres déguisées, et certains osent parler d’un vivier… qu’il faut alimenter ! Quelle malhonnêteté !

Une mission revue à la baisse

Un projet de note de service sur les missions des maîtres spécialisés a été proposé par le Ministère ; elles devraient rester dans le cadre de la circulaire de 2002 qui les définissait. Dès lors, on ne comprend pas l’utilité d’un tel texte. A moins que cette circulaire, une fois réécrite, dise que, compte tenu de la mise en place de l’aide personnalisée, des stages de remise à niveau et autres systèmes de soutien (privés pourquoi pas), les ersatz de RASED n’interviendront plus sur la difficulté dite « ordinaire ». Leur action glisserait alors vers la très grande difficulté, celle que nous n’avons que très rarement les moyens de traiter et que nous relayons le plus souvent vers des structures plus « pertinentes ». Cette difficulté ne concernera qu’une faible part de la population scolaire, donc quelques maîtres E et G et quelques psychologues suffiront pour cela ! Les rares RASED boiteux restants s’avéreront tellement inopérants, qu’il faudra bien se rendre à l’évidence ! Et Monsieur Darcos pourra nous resservir son plan de disparition sur trois ans, qu’il n’avait aucunement écarté.

Il faut continuer !

Toutes les actions entreprises jusqu’alors, parce qu’elles ont été trop isolées, soit en terme de mobilisation, soit dans le temps, n’ont fait que renforcer les défenses de notre adversaire. Seul un mouvement social d’ampleur peut y répondre favorablement.
Avec Sud éducation et avec toutes celles et tous ceux qui y croient encore, c’est le moment de montrer que le rapport de force peut s’inverser et pour cela, il faut bien sûr s’associer aux mouvements déjà engagés dans l’horizon social. Mais il faudra bien plus. Il faut d’ores et déjà penser en termes de grèves et manifestations intersyndicales et interprofessionnelles reconductibles, les seules pouvant nous permettre de faire plier ce gouvernement !

19 mars : continuons la lutte !

La mobilisation du 29 janvier a été un premier succès. Pour défaire les réformes libérales qui touchent tous les secteurs de la société, battre la politique du gouvernement et du MEDEF, nous devons unir nos forces : collectifs, syndicats, coordinations, salariés du privé, du public, précaires, chômeurs, étudiants, lycéens... Face aux attaques globales, il faut une riposte globale. La journée du 19 mars doit permettre d’amplifier la mobilisation. Nous n’avons pas à payer leur crise !

Nous appelons là où c’est possible à se réunir sur les lieux de travail et dans les quartiers et à se rendre en cortège à la manifestation, le 19 mars.
Une grève d’une journée ne suffit pas. Nous voulons discuter avec l’ensemble des personnes en lutte de la perspective d’une grève générale reconductible.

Nous appelons donc à une
Assemblée Générale le 19 mars
pour discuter collectivement des suites du mouvement,
à partir de 14h à la Bourse du Travail.

La mort programmée du droit de grève

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Maître dans l’art de l’euphémisme, le gouvernement a successivement commis une loi « instituant un droit d’accueil pour les élèves des écoles maternelles et élémentaires pendant le temps scolaire » (comprendre : service minimum) puis un décret « relatif aux règles d’organisation et de déroulement de la négociation préalable au dépôt d’un préavis de grève » (comprendre : limitation du droit de grève).
Si chaque collègue du premier degré a pu tester les joies de la « déclaration préalable », il est utile de détailler le véritable parcours du combattant auquel les organisations syndicales sont désormais tenues de se livrer. Copiant le dispositif imposé dans les transports, la procédure « traditionnelle » de dépôt de préavis est complètement transformée dans le premier degré. En effet, la loi a instauré une procédure de négociation préalable en vue du dépôt d’un préavis de grève.
Pour dire les choses simplement : il faut désormais anticiper tout mouvement de grève de 13 jours au minimum au lieu de 5 jours auparavant. Résumé du parcours d’obstacles :
1.Le syndicat doit d’abord adresser au ministre, au recteur ou à l’IA, une notification comportant les mentions, assorties des précisions utiles, des revendications professionnelles qui l’ont conduit à envisager le recours à la grève, et les personnels enseignants concernés par ces revendications. (C’est leur jargon …)
2.L’autorité administrative compétente est tenue de réunir dans un délai maximal de trois jours la ou les organisations syndicales représentatives qui ont déposé la notification de motifs pouvant conduire au dépôt d’un préavis de grève.
3.Elle leur transmet ainsi qu’à leurs représentants, les informations ou documents en rapport avec les motifs de la grève envisagée permettant d’engager un processus de négociation. Elle les informe des date, lieu et heure de la première réunion de négociation.
4.Un relevé de conclusions de la négociation préalable est élaboré par l’autorité administrative, qui est ensuite proposé à la signature des organisations syndicales représentatives qui ont participé à la négociation.
5.Le relevé de conclusions est communiqué, de préférence pendant les cinq jours francs d’un éventuel préavis de grève, aux personnels enseignants du premier degré par l’autorité administrative par tout moyen approprié. À l’issue des huit jours francs de négociations, le préavis légal de cinq jours francs peut donc être déposé.
6 – Les collègues présumés grévistes doivent faire parvenir à l’Inspection Académique 48 heures avant la date prévue leur intention de faire grève par courrier ou par fax.
La moitié des pays européens a déjà mis en place une législation limitant le droit de grève et/ou instaurant une obligation de service minimum. Au Royaume-Uni, depuis Thatcher, le droit de grève est « strictement encadré ». En Espagne et en Italie, il existe un service minimum pour les périodes de pointe. Les fonctionnaires statutaires (30 % de la fonction publique) en Allemagne et en Autriche ne disposent même pas du droit de grève !
De fait, après avoir réussi son coup dans les transports, le gouvernement a fait passer ces textes sans véritable réaction unitaire des organisations syndicales. Ainsi, peu à peu, il parvient à ses fins : remettre en cause le droit de grève qui a pourtant valeur constitutionnelle et vider la grève de toute efficacité. Ce droit pour lequel des générations se sont battues et qui n’a été reconnu aux fonctionnaires qu’en 1950 est en danger de mort !

Soutien aux "désobéisseurs"

Nos collègues Jean-Yves Le Gall et Alain Refalo sont sous le coup de sanctions de la part du ministère. Le premier pour ne pas avoir renseigné Base Elèves, le second pour refuser d’organiser le soutien personnalisé en primaire.

Ils ne sont pas les seuls : de nombreux enseignants du primaire sont soit sanctionnés, soit menacés parce qu’ils refusent d’appliquer ces directives autoritaires. Les enseignants doivent-ils devenir de plus en plus des simples auxiliaires des pouvoirs politiques ?

Ces directives ministérielles sont désapprouvées par l’immense majorité des collègues, et les « désobéisseurs » sont les lanceurs d’alerte de la catastrophe pédagogique en cours.

Sud éducation affirme son ferme soutien à ces militants engagés, syndiqués et non syndiqués, et exige le retrait des décrets concernant :
- la mise en place du soutien personnalisé à l’école primaire ;
- l’obligation de renseigner Base Élèves pour les directeurs ;
- les nouveaux programmes.

Sud éducation exige également la levée de toutes les sanctions déjà appliquées et le remboursement des retraits sur salaires effectués.

A propos du dernier livre de Naomi Klein LA STRATEGIE DU CHAOS

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La traduction française du dernier livre de la canadienne Noemi Klein a été publiée l’été dernier, chez Léméa/Acte Sud. L’auteur du célèbre No logo poursuit son enquête et son analyse des conséquences du néolibéralisme dévastateur, et de ce qu’elle appelle le « capitalisme de casino ».
Naomi Klein, économiste, journaliste et militante, dresse dans son nouveau (gros) livre un inventaire édifiant, inédit et remarquablement documenté et argumenté des pratiques de carnassiers mises en place par le gouvernement américain et les grandes entreprises privées pour dépecer des pays entiers sur différents continents.
Essayons de résumer ce livre pénétrant en quelques lignes. Naomi Klein éclaire sous un angle souvent occulté, celui de l’économie, des situations aussi diverses que le coup d’Etat de Pinochet au Chili en 1973, le massacre de la Place Tienanmen en 1989, l’effondrement de l’Union Soviétique, le naufrage de l’épopée Solidarnosc en Pologne, la situation catastrophique pour les Noirs après la victoire de l’ANC en Afrique du Sud, les attentats du 11 septembre 2001, la guerre en Irak, le tsunami au Sri Lanka en 2004, ou encore le cyclone Katrina l’année suivante.
Le point commun à toutes ces tragédies ? La possibilité inespérée de faire passer un programme de privatisation intégral, et d’appliquer totalement les dogmes ultra-libéraux de l’école de Chicago, en profitant de l’état de choc dans lequel se trouvent les populations.
La stratégie de l’offensive néolibérale consiste à éliminer toute trace d’État-providence, de solidarité, et de privatiser les bénéfices des marchés aux mains d’une étroite oligarchie. Cette stratégie ne peut pas être acceptée par la population d’un pays démocratique, qui opposerait une résistance farouche à ce démantèlement mortel. Elle exige donc non seulement de faire « table rase », c’est-à-dire de détruire toutes les infrastructures existantes, mais aussi une répression féroce et impitoyable. Après un « chaos » (naturel ou politique), il est en effet beaucoup plus facile de faire appliquer le « capitalisme du désastre » …
La stratégie qu’elle qualifie de « capitalisme du désastre » consiste pour les multinationales américaines à rechercher, avec l’appui du gouvernement américain, toutes les situations de crise ou de catastrophe dans le monde, quitte à les créer ou les amplifier, de manière à profiter de la désorientation et du chaos régnant pour imposer le démembrement des États en place, la suppression des réglementations existantes, des acquis sociaux, le rachat à vil prix des entreprises nationales par des sociétés étrangères. Et plus il y a de chaos, plus il faut engager la « lutte contre le terrorisme » et plus la nouvelle industrie de la « reconstruction » (sans les travailleurs du pays concernés) et de la « sécurité » sera florissante.
Chiffres et noms à l’appui, elle prouve que tous les prétextes de « corruption », d’ « intégrisme religieux » ou de « conflits ethniques », et autres alibis traditionnels destinés à justifier l’échec de cette stratégie du choc pour la grande majorité de la population mondiale, masque mal le parti pris de transformer l’État en simple distributeur des deniers publics aux multinationales, dont la philosophie a peu de chose en commun avec le bien public.
Dans son chapitre sur Israël, l’auteur montre que ce pays est le fleuron de cette stratégie du chaos, et que la paix serait la plus mauvaise nouvelle à annoncer aux dirigeants d’une économie qui fait son beurre, non seulement sur le développement de l’armement, mais surtout sur l’exportation d’une multitude d’engins et de son savoir faire en matière de surveillance, d’espionnage, et de répression. Une "bulle" mirador, en quelque sorte, qui a largement pris le relais de la technologie « point.com ».
Tout au long de son ouvrage, remarquablement documenté, Naomi Klein démontre que la torture est le corollaire de ce « capitalisme du désastre », théorisé par Milton Friedman et l’école de Chicago dès les années 1950. Elle détaille les nouvelles formes de torture expérimentées. Ces dernières n’ont pas pour objectif d’obtenir des aveux, mais de faire perdre tous leurs repères à ceux qui sont torturés (privations sensorielles, isolement, électrochocs, administration de drogues…). Il s’agit de faire régresser les victimes, de les déstructurer, pour mieux leur faire admettre ce que les bourreaux désirent.
Naomi Klein n’épargne dans son analyse ni le rôle de complices joué par la plupart des grandes ONG, ni celui des partis dits d’opposition dans les pays occidentaux. La résistance, conclut-elle, ne peut venir que de larges mobilisations déterminées, comme au Liban et en Palestine, ou comme dans les pays d’Amérique Latine qui ont développé des systèmes de coopératives ouvrières et paysannes.
L’investiture surmédiatisée d’Obama ne changera pas la donne. Les postes les plus importants de son gouvernement sont occupés par de vieux chevaux de retour bien connus : au Secrétariat d’Etat, c’est-à-dire aux Affaires étrangères, la Clinton, qui rappelons-le a été favorable à l’intervention en Irak, et au Secrétariat à la Défense un cow-boy déjà en place sous Bush junior, Robert Gates. Attendons-nous donc selon la vieille formule à un changement dans la continuité, même si certaines mesures qui ne coûtent pas peanuts peuvent pour un temps donner le change. Pour le reste, l’histoire tranchera.

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