CORONAVIRUS : LA DANSE MACABRE

La lutte de classe n’est pas un concept vain et désuet
jeudi 26 mars 2020

Le sinistre spectacle que nous livrent nos gouvernants est interminable et obscène.
L’ex ministre de la santé, candidate aux municipales, a courageusement quitté le navire dans la tempête après avoir été sourde, 18 mois durant, aux revendications des personnels soignants. Il aura donc fallu une catastrophe sanitaire pour prendre la mesure du caractère vital de ce secteur. Le ministre de l’économie complète le ballet, constatant que le capitalisme est un danger pour les entreprises. Il évoque la nationalisation de certaines d’entre-elles tout en donnant des gages de non-agression aux actionnaires qui, n’en doutons pas, vont s’en mettre plein les poches pendant et après le confinement.

Le ministre de l’Éducation Nationale occupe la scène de manière aussi funeste que ses camarades. Ce brillant constitutionnaliste enjoint les enseignant-e-s à suivre des consignes qui méprisent les mesures de sécurité que préconise le ministre de l’intérieur. Il faut éviter les contacts, mais il faut aussi pouvoir donner des documents aux familles qui sont les exclues du monde numérique. Il faut soutenir le personnel soignant en accueillant leurs enfants dans les établissements, mais il faut le faire sans les moyens d’hygiène élémentaires. Pour une grande partie de la population d’ailleurs ce soutien ne relève pas d’un simple sursaut moral mais d’une solidarité de classe. Les enseignant-es ne se portent pas volontaires simplement pour des raisons morales, elles-ils ont connaissance de ce qu’implique la destruction des services publics aussi bien à l’hôpital que dans leur quotidien. Les vautours devraient prendre garde avant d’aller se jeter sur la carcasse de l’Éducation nationale. Le numérique montre ses limites et vient donner une illustration flagrante que l’enseignement ne peut que passer par l’humain et en relation directe. Parmi ces limites, cette crise remet sur le devant la scène, le dénuement d’une partie de la population. En effet, il y a encore des familles dont le premier souci n’est pas d’accéder à internet mais à de la nourriture et/ou des soins.

Cette situation qui semble émouvoir beaucoup de collègues, à juste titre, ce qui fait vibrer la corde caritative des journalistes n’a pourtant pas démarré le 16 mars avec le confinement généralisé.

Avait-on besoin d’une crise sanitaire pour se rendre compte de l’extrême pauvreté de certains de nos élèves et concitoyen-ne-s ? Cette épidémie révèle à la face du monde que les classes n’ont pas disparu et qu’il n’y a pas d’égalité, et encore plus face à un tel fléau. Pendant qu’on se lamente sur les familles coincées dans leur HLM, la bourgeoisie coule des jours paisibles en résidence secondaire. Double peine aussi quand ces familles auront envie de sortir de chez elles et se feront alpaguer par une police plus douée pour contrôler les prolos que les berlines qui s’enfilent sur l’A10 en direction de l’Atlantique.

Autre vérité que ce spectacle abject nous glisse sous les yeux : les forces de l’ordre qui, après avoir mutilé des centaines de gilets jaunes avec l’assentiment du pouvoir, ont de nouveau les coudées franches pour soumettre la population au plus grand arbitraire. Cette crise sanitaire est certes d’une ampleur inégalée, elle va peut-être frapper quelqu’un-e qui nous est cher-e mais justifie-t-elle des mesures liberticides ? Ce qu’il reste de la démocratie n’est-il pas plus en danger quand des politiciens arrogants rivalisent d’incompétence et sacrifient depuis des années l’État-providence et les services publics sur l’autel du libéralisme ? A-t-on demandé au peuple ce qu’il pensait de ce troc entre leurs libertés fondamentales, circuler, se nourrir, se réunir, en toute connaissance de cause et un arsenal sécuritaire dont la bourgeoisie et les classes dirigeantes seront exonérées ?

Une chose est à espérer de cet épisode dramatique, c’est que la population prenne conscience que la lutte de classe n’est pas un concept vain et désuet. Les crises quel que soit leur aspect sont toujours le champ de bataille entre le camp de dominé-es et les dominant-es. Espérons enfin que le premier camp triomphera et reprendra l’avantage et la main sur son existence !

PDF - 142 ko
SUD éduc Grenoble - tract Danse Macabre - 26.03.20

Statistiques

Dernière mise à jour

mardi 7 juillet 2020

Publication

774 Articles
Aucun album photo
Aucune brève
4 Sites Web
180 Auteurs

Visites

12 aujourd’hui
58 hier
279881 depuis le début
2 visiteurs actuellement connectés