Creusement des écarts, décrochage et grande difficulté scolaire

Tout est une question de moyens
jeudi 23 avril 2020

Les articles, les cris d’alarmes se succèdent pour attirer l’attention sur les élèves qui pourraient être les victimes collatérales du confinement et donc de l’éloignement de l’école. Beaucoup de choses sont dites au point de faire émerger de nombreux contresens.

Immanquablement les écarts entre les mieux outillés des élèves et ceux qui n’ont pas les clés de lecture de l’école vont s’accroître. Pour autant est-ce plus acceptable lorsque ce phénomène est le produit de l’institution ? A ce titre cela ne devrait-il pas interroger les E3C, Parcoursup et l’individualisation des parcours de la maternelle à l’université rendant l’individu comptable de ses échecs comme de ses réussites ?

Dans ce contexte quid de la grande difficulté scolaire ?

Elle affecte de 10 à 15% des élèves, elle est ancrée, ses causes sont profondes et variées (socio-économiques notamment). L’école lutte contre ces difficultés d’une part mais les entérine d’autre part. On s’inquiète que les supports proposés pendant le confinement ne conviennent pas à ces élèves. C’est vrai aussi en temps normal. Cette analyse et les outils pour s’en dégager peuvent être proposés par les RASED dont le sort a malheureusement été scellé en 2007. Ainsi la grande difficulté scolaire n’aura pas attendu le confinement pour prospérer et elle n’aurait pas été éradiquée par l’action des enseignants entre le 16 mars et le 11 mai, il faut avoir la modestie de l’admettre. Raison de plus pour ne pas se laisser culpabiliser par notre hiérarchie, non plus. Pendant ce temps, Blanquer et ses séides sont en train de préparer la contre-offensive : modules de rattrapage pendant les vacances, école numérique, la situation leur offre une occasion inespérée d’enraciner leur idéologie de destruction. Contre toute évidence, ils ne sont pas incompétents mais terriblement opiniâtres. Les « vacances apprenantes » sont le fruit d’un « cynisme édifiant ».

Enfin de quoi parle-t-on quand on évoque le décrochage scolaire ?

Ce qui est actuellement désigné comme « décrochage » renvoie à une rupture des liens entre l’école et les familles, quelques soient les outils de communication proposés.
Ce phénomène est un risque réel car la distance qui existait déjà avec l’institution scolaire va augmenter c’est incontestable. Mais ce processus n’était-il pas déjà à l’œuvre avant la crise sanitaire et depuis des années ?
Autrefois la prévention de ce type de problème était traitée dès la maternelle à travers l’intervention des rééducateurs (enseignant spécialisé G) et se poursuivait sur les premières années de l’élémentaire mais voilà 12 ans un gouvernement visionnaire a préféré démanteler les RASED et ceux qui lui ont succédé n’ont rien fait pour le reconstituer (2007 total RASED = 14.431 soit 10.955 E-G + 3.476 psy / 2012 T = 9.342 soit 5.866 E-G + 3.476 psy / 2015 T = 9.422 soit 5.876 E-G +3.550 psy*). Là où il faudrait des enseignants formés voire spécialisés, des éléments d’analyse et de remédiation élaborés en collaboration, en travail d’équipe, de la formation continue digne de ce nom, nos hiérarques vont plaquer un énième dispositif (avec acronyme), une passoire pour aller puiser de l’eau. Nos dirigeants le savent mais ils auront usé de l’agitation qui les caractérise.

Une catastrophe scolaire est peut-être en cours de préparation mais c’est d’abord sous-estimer l’incroyable résilience et capacité d’adaptation démontrée par le corps enseignant depuis le début du confinement.
Sera-t-elle cependant suffisante pour faire face, à l’image de l’abnégation des professionnels de santé contre le COVID-19 ? Mais on y revient tout est une question de moyens. Si les gouvernements successifs n’avaient pas fait la sourde oreille aux revendications de la Santé, nous serions certes confrontés à une urgence sanitaire mais nous pourrions sans doute avoir un autre regard sur la situation. Il n’est pas encore trop tard pour l’Éducation nationale mais cela suppose des orientations budgétaires et pédagogiques à l’opposé de celles à l’œuvre depuis plus d’une décennie.
La balle est dans le camp du gouvernement. Qu’il recrée les postes détruits par des années d’austérité budgétaire. Nous serons en capacité de traiter la difficulté scolaire, le décrochage et d’y faire face à défaut de les faire disparaitre.

*Rapport Pompili 2015

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Sud éduc Grenoble - Creusement des écarts

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