Confinement, déconfinement et déconfiture (de fraise)

Guérir de la fièvre du capitalisme sauvage
mercredi 29 avril 2020

Pendant que la plupart d’entre nous étions cloîtré-es chez nous, obligé-es de relire le petit livre rouge, Illich et Franck Lepage, sauf les caissières, personnels soignants et autres héros du confinement, beaucoup de choses se sont passées.

Récapitulons :

  • Le système de retraite à points est passé avec un 49-3 lors d’une réunion d’urgence à propos du Coronavirus, quel rapport ? Aucun, c’était l’occasion.
  • A été promulguée la loi d’exception, sans limite dans le temps, qui autorise le gouvernement à déréglementer le droit du travail et à déroger au statut de la fonction publique en terme de droits de retrait ou de grève, de temps de travail (jusqu’à 60 h semaine), sur les congés et les repos...
  • On a continuer de faire travailler les salarié-es, en exposant leur santé, dans des entreprises dont l’activité est vitale, ou pas, quitte à les réquisitionner (ben ouais mais Amazon c’est pratique).
  • Les conditions de travail des salarié-es de la santé se sont encore aggravées (si si c’est possible). Ce sont elles et eux qui ont pallié plusieurs années de destruction du système hospitalier en s’exposant d’autant plus.
  • La gestion du confinement a été catastrophique :
    • pas de masques, pas de lits, pas de personnel, pas de dépistage, peu de prise en charge des malades ;
    • des informations et des méthodes contradictoires prônées au petit bonheur la chance par un gouvernement surtout pressé de nous renvoyer au travail ;
    • de la répression encore et toujours : amendes, flicage ;
    • le traçage, la géolocalisation et le backtracking de la population sous prétexte de mieux gérer l’épidémie.
  • On a mis à l’honneur le saint télétravail qui inclut le recours forcé à des technologies informatiques dont les revenus sont issus de la revente des données, sans aucune limitation de volume horaire de travail à la maison.
  • Il y a autorisation de mettre des antennes 5G partout, sans accord des mairies.
  • La loi de réforme de l’assurance chômage court toujours.

Mais, comme ça, on ne voit pas trop, après tout on a Netflix pour se changer les idées. Mais, concrètement c’est cet homme, vraisemblablement venu de loin, qui appelle le numéro vert de Solidaires pour demander dans un Français approximatif : « Je cherche travail pour manger » ; cette femme que son patron a virée parce que, mère célibataire, elle s’est mise en garde d’enfant ; ces employé-es obligé-es de travailler sans protection, passé-es en chômage partiel mais bossant encore 35h ; des familles cloîtrées dans le noir avec leurs enfants depuis un mois par peur du virus ; des professeur-es des écoles qui font la tournée des familles de leurs élèves pour leur apporter à manger ; des gens qui arrêtent de payer leur loyer parce qu’ils ne peuvent pas faire autrement ; des AED qui travaillent à la menace ; la queue devant les resto du cœur ; des banlieues livrées à elle-mêmes où l’on vit confiné à trois familles dans un appart.

Voilà ce qui arrive quand on met la charrue du capitalisme avant les bêtes de somme. Celles et ceux qui ne s’en relèveront pas, ce ne sont pas les grandes entreprises qui ont pu si souvent maintenir une activité et qui ont de la marge, ce sont encore les petits commerçant-es, les petites entreprises, les intermittent-es, les kebabs, les petits bars, les intérimaires, les petites salles de spectacles, la culture, les laissé-es pour compte, celles et ceux qui se prennent une amende de 135 euros parce qu’ils traînent dehors, ben ouais, c’est leur faute après tout s’ils-elles sont sans domicile.

Pas besoin d’être complotiste pour affirmer que le gouvernement s’est servi de la crise pour continuer ses petites affaires et même accélérer encore les choses. La crise a aussi révélé à nos yeux ébahis beaucoup de choses, notamment le pouvoir des lobbys pharmaceutiques et le peu de cas que les élu-es font de nous ; il suffisait de lever un tout petit peu les yeux du guidon pour le voir, et ça fait mal. Et pas besoin d’être devin pour comprendre que c’est nous qui allons payer, que par solidarité, pour sauver la belle France, on va nous demander de mettre à la fois la main à la pâte et la main à la bourse.

Parce que quand même c’est émouvant ce président qui parle de solidarité avec la larme à l’œil, les encouragements émus aux personnels hospitaliers, les félicitations pour les profs en télétravail, pour l’effort commun, pour les précaires qu’on envoie au charbon sans protection (on ne leur a pas demandé leur avis, ah bon ?). C’est comme une confiture industrielle trop sucré, on en ressort nauséeux après consommation et malgré une jolie couleur c’est fait avec des fruits pourris et des parfums de synthèse.

Mais rassurons-nous, tout ce que notre cher gouvernement a fait forme un ensemble très cohérent qu’il faut attaquer massivement, de front, dans sa globalité pas chacun-e de son côté. Ce sont les faces d’un même miroir, celui d’une société vraiment malade. Mais désolée, ça n’est pas avec des masques et du gel hydroalcoolique, ni en applaudissant le soir à 20 h qu’on pourra la guérir de la fièvre du capitalisme sauvage.

Et après ?

Après, il faut renvoyer les gamins à l’école pour pouvoir renvoyer les parents au turbin, parce que c’est pas tout mais faut nourrir les actionnaires.
Après, on ne doit pas reprendre et mettre tout ça de côté comme si de rien n’était ou comme si c’était trop tard en attendant de pouvoir prendre l’avion pour aller se dorer la pilule pour pas trop cher dans les pays qui nous filent toutes leurs ressources par solidarité.
Après, on ne doit pas continuer de se laisser abattre par le sentiment d’impuissance que provoque le confinement.
Après, il faut être prêt à monter au créneau pour ne pas accepter ce qu’on voit déjà se dessiner, prêt à ne pas reprendre parce que les mesures exceptionnelles qui ont été prises pourraient bien devenir le norme de demain : prêt pour le télétravail à 60 h par semaine ?
Après, on ne doit pas oublier que ne rien faire c’est accepter.

Comme chantait Bob Dylan « Yes, ’n’ how many times can a man turn his head And pretend that he just doesn’t see ? »*
* Oui, et combien de fois un homme peut-il tourner sa tête et prétendre qu’il ne peut juste pas voir

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